Abstract
Le concept du loser est à la mode. Le colloque « Anthropologie de la Lose », organisé par une équipe de chercheurs parisiens en anthropologie et sociologie en 2012 a suscité l’intérêt des médias qui se sont ingéniés à produire des listes de losers typiques. On ne s’étonnera pas que la plupart d’entre elles nous proposent des personnages de cinéma. Un site-web, par exemple, nous donne une liste chronologique de « losers magnifiques du cinéma américain » : Charlot, les héros désabusés des films noirs, les anti-héros contre-culturels des années 60 et 70, particulièrement les personnages joués par Al Pacino « qui enchaîne durant la décennie 70 les rôles de marginaux en perdition, à l’image du junkie de Panique à Needle Park (1971), du homeless de L’Épouvantail (1973) ou du braqueur amateur d’Un après-midi de chien (1974) », ainsi que ceux joués par Mickey Rourke et Nicolas Cage dans les années 80 et 90, et ils sacrent « The Dude » (Jeff Bridges) de The Big Lebowski, comme « le maître ès lose, le Roi des nihilistes, le perdant le plus cool qui soit ». Sur un autre site un journaliste met « The Dude » en tête de peloton, tout en proposant également des losers cinématographiques français : Jean-Claude Duss (Michel Blanc) des Bronzés, et le François Pignon de Francis Veber, joué par plusieurs acteurs au fil des années. On comprendra qu’une bonne partie des losers en question, surtout en ce qui concerne les deux derniers, sont des personnages comiques, et que le loser est en général un homme. Comme l’affirme l’une des organisatrices du colloque « Anthropologie de la Lose » au journaliste du Huffington Post : « Si c’était un sexe ? “Ce serait un homme”, répond Isabelle Rivoal, et il serait célibataire. Oui, le loser est une figure de cette fameuse crise de la masculinité. » On remarquera d’emblée la (con)fusion des acteurs et des personnages qu’ils jouent, ce sur quoi nous reviendrons.